Hommage à Nérée St-Amand

Faculté des sciences sociales
School of Social Work
Nérée St-Amand
C’est avec beaucoup de peine que nous avons appris le décès de notre ancien collègue et ami, Nérée St-Amand, le 22 septembre dernier. Toutes nos sympathies à ses enfants François et Julie, ainsi qu’à ses petits-enfants, son frère, ses sœurs, son ex-épouse et toutes les autres personnes qui faisaient partie de son réseau familial et amical.

Nérée a été l’un des fondateurs de l’École de service social et en a été une figure marquante, notamment en tant que co-créateur de Reflets : revue d’intervention sociale et communautaire. Il a eu à cœur de construire l’École, d’en faire la promotion et la défense, et d’y insuffler du social et de la chaleur humaine. Fier acadien, il a toujours cherché à mettre en évidence les racines de notre École dans la francophonie minoritaire canadienne, mais son attachement au Nouveau-Brunswick francophone se démarquait aussi dans ses expressions colorées, son sens de l’humour et son accent. Sa belle plume et son assurance tranquille ont été des exemples pour nombre d’étudiantes et d’étudiants francophones minoritaires qui ont vu en lui la possibilité de poursuivre des études supérieures en se disant « pourquoi pas » et « moi aussi ».

Nérée avait une préoccupation particulière pour la spiritualité et les modes d’intervention alternatifs en travail social. Il y a consacré nombre d’écrits et de recherches, ainsi que des énergies à appuyer des initiatives communautaires tels que le Dépanneur Sylvestre à Gatineau et les Ateliers de l’Élan de Montfort Renaissance à Ottawa. Il avait aussi une perspective critique sur l’institution psychiatrique et une grande place était réservée dans ses analyses à la parole des personnes psychiatrisées. Il a contribué à la fondation du mouvement des Mad Studies, un domaine de recherche reposant sur le principe qu’il faut écouter les fous et aborder la folie de leur point de vue. Cette perspective, qui est radicalement différente de celle associée à plus d’un siècle de recherches psychiatriques et d’interventions institutionnelles, Nérée la défendait parfois contre vents et marées, et toujours dans l’optique de faire entendre les voix (et les voies) qui diffèrent de celles, dominantes, du champ de l’institution psychiatrique. À cet égard, il a apporté du soutien financier au Nouveau-Brunswick la revue Our Voice / Notre Voix qui donne un espace de parole aux personnes psychiatrisées et écrivait régulièrement au sujet de l’importance de tenir compte de leur voix et de leurs expériences.

Nérée n’avait donc pas froid aux yeux quand venait le moment de défendre les droits des personnes marginalisées et vulnérables. À partir de sa perspective critique des structures sociales, il voyait bien les lacunes des systèmes d’aide et décriait les manières dont la société peut, à travers ses institutions, opprimer l’humain et réduire au silence les personnes qui les contestent. C’est peut-être pour cette raison qu’il n’hésitait pas à donner un coup de main aux étudiantes et étudiants qui n’avaient pas toujours les meilleures notes ou qui n’arrivaient pas à joindre les deux bouts. Il leur donnait souvent des coups de pouce, parfois en interpellant des personnes en position d’autorité à l’Université, parfois en puisant dans ses propres poches.

Nérée, ton décès soudain a créé une onde de choc parmi nous. Si nous nous ennuyions de ton sens de l’humour depuis ta retraite, voilà que subitement nous n’en avons plus droit à l’occasion de tes visites à l’École ou lors de rencontres inattendues dans le quartier de la Côte-de-Sable, ou encore à la collation des grades à laquelle tu as assisté tout récemment. Tu nous manques, c’est certain, mais sois assuré que malgré ton absence, l’École que tu as contribué à construire se souviendra longtemps de toi.

L’équipe de l’École de service social

(Révisé le 24 octobre 2022)