Une étude lève le voile sur les résultats chirurgicaux des Inuits du Canada

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Le parcours d'orientation des patients de la région de Qikiqtani-Qikiqtaaluk vers Ottawa
CMAJ Open
Une équipe de chercheurs canadiens, dont des chercheurs inuits et appartenant à d’autres peuples autochtones, a publié aujourd’hui la première étude sur la santé des Inuits après une chirurgie dans la revue CMAJ Open. L’étude s’appuie sur des données de L’Hôpital d’Ottawa, qui est le fournisseur de soins quaternaires de la région de Qikiqtani/Qikiqtaaluk, où vit la moitié de la population inuite du Nunavut.

Après avoir jumelé les données de personnes inuites et non inuites dont la chirurgie, l’âge et les problèmes médicaux étaient similaires, les chercheurs ont constaté que le risque de complications graves après une chirurgie était plus élevé de 25 % chez les Inuits du Nunavut. L’étude révèle que le taux de décès ou de complications dans la population générale est de 16 %.

L’équipe avait déjà constaté que peu d’études avaient été menées sur la santé des personnes autochtones après une chirurgie au Canada, et aucune sur les patients inuits.

Les chercheurs sont d’avis que les moins bons résultats obtenus après une chirurgie pourraient être attribuables aux obstacles empêchant les Inuits du Nunavut d’obtenir rapidement des soins de santé adaptés à leur culture. Ainsi, au moment d’avoir une chirurgie, ces patients présenteraient une maladie plus avancée et donc un risque de complications plus élevé.

« Les études antérieures nous ont appris que plus la santé d’une personne est bonne à son arrivée en salle d’opération, plus il est probable que la chirurgie améliore sa santé. Beaucoup de patients inuits du Nunavut sont atteints de problèmes de santé chroniques, ont difficilement accès à des services de santé et doivent attendre longtemps pour recevoir des soins chirurgicaux », affirme le Dr Jason McVicar, auteur principal de l’étude, qui est Métis, anesthésiologiste à L’Hôpital d’Ottawa et professeur adjoint à l’Université d’Ottawa. « Notre étude pourra servir de point de référence pour les résultats chirurgicaux chez les Inuits, afin de déterminer si les changements apportés aux politiques ont des répercussions concrètes. »

Le dr Jason McVicar
Peter Duffy

« Notre étude pourra servir de point de référence pour les résultats chirurgicaux chez les Inuits, afin de déterminer si les changements apportés aux politiques ont des répercussions concrètes. »

Le Dr Jason McVicar

— Auteur principal et professeur adjoint à la Faculté de médecine

Peter Duffy

L’équipe a étudié l’état de santé des patients un mois après une chirurgie chez toutes les personnes hospitalisées à L’Hôpital d’Ottawa entre 2011 et 2018, en excluant les interventions obstétricales ou cardiaques. Sur les 98 701 chirurgies évaluées, 928 (0,9 %) concernaient des patients inuits du Nunavut. 

Chez les patients inuits du Nunavut qui ont eu une chirurgie non urgente ou une chirurgie pour traiter un cancer, le risque de complications était plus élevé de 58 % et 63 % respectivement, par rapport aux patients non inuits. Après une chirurgie urgente, on n’a observé aucune différence de résultats entre les patients inuits et non inuits.

Si l’on compare les patients non inuits avec les patients inuits du Nunavut, on constate chez ces derniers des taux plus élevés de réadmission à l’hôpital, une durée de séjour plus longue, des coûts plus élevés pour les soins hospitaliers et un risque accru d’être transféré dans un établissement de soins de longue durée ou un autre type de résidence assistée après la chirurgie plutôt que de rentrer à la maison.

« Les effets de la colonisation se font sentir dans nos salles d’opération », explique la Dre Donna Kimmaliardjuk, autrice de l’étude, qui est Inuite et chirurgienne cardiaque pour Eastern Health, à St. John’s. « Pour améliorer les résultats chirurgicaux chez les Inuits, nous devons commencer par le commencement et travailler en partenariat avec les organismes de santé inuits du Nunavut dans le but d’améliorer l’accès aux soins et la santé des gens. Dans certaines collectivités, il n’y a qu’un bureau de soins infirmiers ou un médecin deux jours par mois, ce qui est insuffisant pour dépister les problèmes assez tôt. »

Les chercheurs ont aussi démontré pour la première fois que les caractéristiques de base de la santé des patients inuits et non inuits différaient à leur arrivée en chirurgie. En moyenne, les patients inuits avaient huit ans de moins que les patients non inuits et la répartition des maladies chroniques et problèmes de santé des deux groupes était différente.

Pour mener leur étude, les chercheurs pouvaient identifier les Inuits du Nunavut grâce à un code dans le numéro de la carte d’assurance-maladie du Nunavut qui indique que la personne est bénéficiaire de l’Accord sur les revendications territoriales du Nunavut. Puisque les organismes de soins de santé ne recueillent pas systématiquement des données sur les personnes autochtones, les recherches de ce type sont difficiles à réaliser. Par exemple, il a été impossible d’inclure les patients de la vaste population inuite de la région urbaine d’Ottawa, car leurs renseignements sur la santé ne mentionnent pas qu’ils sont Inuits.

Les chercheurs tiennent toutefois à rassurer les patients inuits qui doivent être opérés à L’Hôpital d’Ottawa : la chirurgie demeure très sécuritaire et ils recevront les meilleurs soins qui soient.

« Les patients inuits du Nunavut peuvent s’attendre à recevoir les soins de calibre mondial que nous voulons tous pour nos êtres chers », assure le Dr McVicar. « L’intervention chirurgicale elle-même ne change pas, qu’un patient soit inuit ou non. Cependant, nous savons qu’un séjour au sud peut être synonyme de barrières linguistiques, de choc culturel, de racisme et de l’éloignement de la famille et des amis. C’est pourquoi des ressources sont en place pour aider les patients du Nunavut qui viennent à Ottawa pour une chirurgie. »

Cette étude fait partie d’un programme de recherche plus vaste de L’Hôpital d’Ottawa et de l’Université d’Ottawa, qui vise à mieux comprendre l’expérience des personnes autochtones qui ont une chirurgie au Canada. Maintenant que l’équipe a examiné la santé des patients un mois après l’opération, elle utilisera les données sur la santé du Nunavut pour étudier leur santé un an après la chirurgie.

« Le cheminement vers une chirurgie est une saga qui s’étend sur des années ou des décennies », indique la Dre Nadine Caron, autrice de l’étude, chirurgienne générale à Prince George et codirectrice du Centre d’excellence en santé des Autochtones de l’Université de la Colombie-Britannique. « Notre étude portait sur un mois seulement dans tout le parcours de soins de ces patients. Il faudra d’autres recherches pour comprendre le chemin complexe par lequel les patients inuits du Nunavut doivent passer, dans plusieurs réseaux de santé, afin de leur faciliter l’accès à des soins. »

L’équipe de recherche évalue également la possibilité d’élargir la gamme des interventions chirurgicales qui peuvent être réalisées au Nunavut, pour que les patients puissent être soignés plus près de chez eux. L’Hôpital d’Ottawa et l’Université d’Ottawa sont déjà partenaires d’équipes de chirurgie générale à Iqaluit qui contribuent aux chirurgies pouvant avoir lieu sur place en offrant leur expertise, leurs ressources et de la formation.

Référence complète : MCVICAR, Jason A., Jenny HOANG-NGUYEN, Justine O’SHEA, Caitlin CHAMPION, Chelsey SHEFFIELD, Jean ALLEN, Donna May KIMMALIARDJUK, Alana POON, Dylan BOULD, Jason W. NICKERSON, Nadine R. CARON et Daniel I. MCISAAC. « Postoperative Outcomes for Nunavut Inuit at a Canadian Tertiary Care Centre: A Retrospective Cohort Study », CMAJ Open. 3 mai 2022. https://doi.org/10.9778/cmajo.20210108

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