Le CIRCEM pleinement engagé pour relever les défis de la recherche francophone

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Par Karine Fossou

Spécialiste des communications, recherche, Université d'Ottawa

Stephanie Gaudet - Directrice du Centre interdisciplinaire de recherche sur la citoyenneté et les minorités (CIRCEM)
Stephanie Gaudet - Directrice du Centre interdisciplinaire de recherche sur la citoyenneté et les minorités (CIRCEM)
Cette année encore, le Centre interdisciplinaire de recherche sur la citoyenneté et les minorités (CIRCEM) n’aura pas été en reste pour contribuer de manière significative à marquer le Mois de la francophonie.
Un mois que l’ensemble des forces vives de l’Université d’Ottawa s’attachent à célébrer avec une panoplie d’activités scientifiques et culturelles.

En 2022 c’est la question des enjeux qui s’articulent autour de la recherche francophone qui a été au cœur d’un Balado et de la conférence Mauril-Bélanger proposés par le CIRCEM, un lieu de convergence pour les chercheuses et chercheurs de l’Université d’Ottawa qui explorent entre autres les thématiques de la participation citoyenne et de la démocratie, de l’éthique du care, de la migration, de la citoyenneté et des groupes minoritaires.

Soutenir une science au service des communautés francophones

« Le CIRCEM a pour vocation de soutenir et d’animer la vie intellectuelle et scientifique en langue française à l’Université d’Ottawa », explique Stéphanie Gaudet, professeure à l’École d'études sociologiques et anthropologiques (Faculté des sciences sociales), qui dirige le centre depuis 2015. 
« Ce que nous voulons, c’est préserver le français comme langue scientifique vivante, par laquelle nous pouvons partager nos idées, en milieu francophone minoritaire, mais aussi à l’échelle nationale et internationale » précise la chercheuse dont les travaux portent sur la participation citoyenne des jeunes.

Contribuer à nourrir une réflexion sur les défis associés à la pratique de la science en français, tant du côté de la production de la recherche, que de la diffusion des connaissances et de ses impacts socio-culturels, semblait d’autant plus important qu’une étude de L’Association francophone pour le savoir (Acfas), publiée en juin 2021, a sonné l’alarme sur le déclin continu du français dans le milieu de la recherche. « Soutenir la production scientifique en français est un facteur essentiel pour maintenir un héritage intellectuel, de penseurs, de traditions, propres à l’univers francophone et permettre que la recherche puisse continuer d’être au service des communautés francophones », affirme la directrice du centre.

L’héritage de Mauril Bélanger

C’est dans ce contexte que s’est inscrite la conférence Mauril-Bélanger, organisée par le CIRCEM en partenariat avec le Centre de recherche sur la culture canadienne-française, le Centre en gouvernance et le Collège des chaires du monde francophone. L’évènement parrainé par le fonds Mauril-Bélanger a ainsi permis aux parties prenantes de la communauté de la recherche francophone canadienne de réfléchir collectivement au rôle que les universités canadiennes peuvent jouer pour maintenir le français comme langue d’usage et de travail dans le milieu scientifique, mais également pour encourager la reconnaissance de l’excellence de la recherche francophone au sein des universités, des agences subventionnaires et dans les classements universitaires.

« Nous nous sommes donné le mandat de consacrer au moins une des conférences du cycle Mauril-Bélanger au thème de la Francophonie, durant le mois qui lui est consacré », précise Stéphanie Gaudet. C’est selon elle, une manière d’honorer l’engagement de l’Université d’Ottawa à l’égard de l’honorable Mauril Bélanger, qui fût un ardent défenseur du bilinguisme, des groupes minoritaires linguistiques et des valeurs démocratiques de la société canadienne. Le fonds créé en son nom par la Fondation Famille Bertrand/Robert Doyle/Nicole Mondou, pour rendre hommage à sa mémoire et à ses legs à l’Université d’Ottawa, contribue largement au déploiement des activités de mobilisation des connaissances et de recherche du CIRCEM.

La place du français dans les publications scientifiques

Reconnaitre la Déclaration de San Francisco sur l’évaluation de la recherche (DORA) et favoriser la production de publications francophones en accès libre font partie des pistes de solution pour contrer le déclin du français dans la production des écrits scientifiques, qu’aborde l’épisode de Balado produit par le CIRCEM, à l’occasion du mois de la Francophonie.

« On sait que la publication est un enjeu très important puisque l’évaluation des chercheuses et chercheurs porte sur les types de publications qu’ils produisent », explique la professeure Gaudet. « On essaye de démontrer que la valeur scientifique de nos recherches ne dépend pas de la langue de publication ».

Celle qui a siégé 10 ans sur le comité de rédaction des Presses de l’Université d’Ottawa pense que celles-ci ont un rôle important à jouer pour soutenir la publication en langue française.  Elle préconise de promouvoir davantage les revues, les plateformes journalistiques comme La Conversation et les maisons d'édition francophones , et d'encourager la publication en langue française chez les jeunes chercheuses et chercheurs.

Mobiliser les connaissances

Le CIRCEM décline toutes sortes de stratégie pour enrichir la vie intellectuelle par le biais de la diffusion et la transmission des connaissances scientifique en français : conférences et séries de Balado destinées au grand public sur des thèmes allant du racisme à l’éthique du care, cours de recherche dirigée dans des milieux francophones sur la participation citoyenne, avec des organismes partenaires de recherche, dont le Lab22, l’Institut du Nouveau Monde de Montréal et la Maison de la Francophonie d’Ottawa. La professeure Stéphanie Gaudet a reçu le premier Prix en mobilisation des connaissances décerné en 2019 par l’Université d’Ottawa pour les activités qu’elle mène en impliquant dans le processus de recherche les jeunes dont elle étudie le parcours citoyen.

« Dans le cadre du mon partenariat de recherche appelé Éducation et démocratie  je m’intéresse à toutes les organisations de la société civile qui soutiennent l’éducation à la citoyenneté des jeunes qui ne sont pas en âge de voter, et à la manière dont elles créent de l’innovation sociale pour soutenir la culture démocratique principalement en milieu francophone », indique la chercheuse. « La recherche que nous menons se fait en français parce qu’elle répond directement à un besoin, et même si les objets de recherche influencent notre langue de travail, nous aspirons à ce que les résultats de nos recherches puissent rayonner sur l’ensemble de la population canadienne et au-delà ».